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Printemps arabe : Confession d’Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011

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Publié le 01/01/2012

Le Printemps arabe, devenu comme une légende, précisément celle de ‘’David et Goliath’’ où l’on raconte que le gamin David eut raison du géant Goliath à l’aide d’un simple petit caillou, a été récemment analysé par Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011 pour son livre : l’Art français de la guerre.

 

 

Nous avons pensé utile de publier intégralement l’article paru chez www.lexpress.fr, qui présente une analyse du printemps arabe, du triomphe de la raison sur la dictature, de l’islam politique, des libertés…

 

 

Ci-après l’article en question :

 

 

‘’Prix Goncourt 2011, Alexis Jenni s'est enthousiasmé pour les révolutions arabes. Puis interrogé sur les succès de l'islam politique. Il veut pourtant "faire le pari du changement". 

 

 

Je dois confesser que j'ai suivi le "printemps arabe" dans une sorte d'exaltation angélique. Enfin, me suis-je dit! Enfin, la raison triomphe! Enfin, ces pays, dont certains nous sont proches, allaient vraiment entrer dans la modernité et le concert des nations, un peu comme les pays du bloc soviétique après la chute du Mur!   

 

La Tunisie ne méritait pas d'être dirigée par Ben Ali, ce père Ubu terrible et grotesque. L'Egypte, elle, vivait encore sur l'héritage d'un système nationaliste né dans les années 1950 avec Nasser, mais qui s'était enfoncé dans la corruption. Le roman de Gamal Ghitany Epître des destinées racontait très bien l'humiliation ressentie par le peuple égyptien devant cette dérive. La population a donc tout simplement dit non, avec ce slogan si simple et que je trouve extraordinaire: "Dégage!" On ne peut étouffer indéfiniment de grands pays.  

 

Ma première réaction, face à ce "printemps arabe", a donc été celle-ci: le bouchon saute, la démocratie arrive. Mais je cédais bien sûr à un certain romantisme. Qui n'aime pas que les dictateurs tombent, que la parole se libère? Le réveil est un peu douloureux, aujourd'hui. Que va devenir l'islam politique? Jusqu'à présent, ces organisations étaient dans l'opposition. En arrivant aux affaires, vont-elles abandonner un peu de leur raideur? Une sorte d'islamo-démocratie est-elle possible?

 

 

L'Occident vit sur une sorte de certitude: islamisme et démocratie ne seraient pas compatibles. Si cela est vrai, c'est tragique. Mais, à force de craindre l'apparition de républiques islamiques, l'Occident a longtemps soutenu de véritables dictatures, corrompues de surcroît, faisant justement le lit d'un islamisme radical dont le puritanisme affiché était le principal argument. Nous devons peut-être faire un pari sur le changement. Evidemment, je regrette ce repli sur un islam mythifié des origines, austère, avec cette étrange fixation sur le sexe -qui, à force d'être caché, en devient obsessionnel. Cette vision des moeurs me laisse perplexe. L'islam ne pourrait donc s'exprimer que dans cette radicalité? L'Histoire, simplement, montre qu'il a pu avoir d'autres formes. 

 

 

Les situations de l'Algérie et du Maroc sont différentes, moins favorables à une révolution spectaculaire. En Algérie, l'emprise policière est très forte et les rapports historiques entre le FLN et la population laissent moins prise à une grande contestation dans la rue. Et, au Maroc, le lien entre les Marocains et le roi, qui perdure plus ou moins, rend la situation encore différente. 

 

 

Ce "printemps arabe" peut-il avoir des répercussions en France? Je ne crois pas. A mon sens, dans nos banlieues, les tensions relèvent avant tout de problèmes sociaux et sont franco-françaises. Les jeunes qui penchent vers l'islamisme, chez nous, le font aussi par provocation, protestation, repli, pour des raisons françaises. Mais je ne pense pas qu'on va assister à un mouvement massif en ce sens. 

 

 

Encore une fois, je crois plutôt qu'il convient de se réjouir que de nouveaux pays s'ouvrent. Le plus difficile est bien sûr devant nous. Faire la guerre, c'est tellement simple! Mais construire la paix...  ‘’

 

A.Chennoufi

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