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« (…) L’histoire débute un peu à la manière des contes de fées. Nous sommes en 1910, Mohamed Naceur Bey, 15e monarque husseinite, offre au jeune Victor Sebag pour son treizième anniversaire un appareil-photo. Dès lors, son destin est scellé : Victor sera photographe. Plus rien n’échappera à son regard : la rue, la Cour, le ciel, la mer, et le désert, les Tunisiens, les Français, les Italiens et tous les autres. Des milliers de plaques de verre et de clichés d’une diversité et d’une qualité remarquables
qui constituent aujourd’hui la mémoire visuelle de notre XXe siècle. Parti centenaire, après plus de 60 ans de prises de vue, le reporter du Petit Matin, de L’Afrique du Nord illustrée, de L’Excelsior, du New York Times, nous est enfin restitué.

Si l’on regarde ailleurs, son oeuvre n’est pas sans évoquer la ligne de la « Photo-Sécession » américaine et son chef de file Alfred Stieglitz. Comme son aîné, il juxtapose des univers distincts, s’ouvre à toutes les communautés, souligne leur proximité, mais ne feint pas de les confondre. Comme lui, il pense que, sans céder sur la vérité du contenu, le reportage et la photo de presse doivent être des œuvres d’art. Il sait que tout jeune bon photographe est d’abord à la recherche d’effets artistiques, mais qu’il mûrit nécessairement dans la découverte de la puissance esthétique de la réalité elle-même. Sebag, sans en faire partie, évolue à sa manière dans l’esprit de la prestigieuse
Camera Work de Stieglitz. Mais Sebag est avant tout Ibn As-Sabbâgh, transcription arabe de son premier passeport. Il évolue surtout dans son pays. Ce pays à propos duquel un vieil ami, photographe italien, me dit un jour : « ici, tout est photographique, la lumière est prédestinée, vos rues sont une scène, vos cheikhs sortent des dessins de Bellini, vos rabbins sont
des Rembrandt... le plus difficile ce n’est pas de trouver la photo à prendre mais celle à laquelle il vous faudra renoncer.» L’ami est flatteur, mais il s’était gardé de dire que tous les Tunisiens étaient photographes. Quelques-uns le furent et des meilleurs, parfois dans l’ignorance de leurs talents d’exception : les Tunisiens Chikly, Sfar, Saâdoun,Bsaïla, Haïk et les adoptifs, Garrigues, Soler, Lehnert. Comme tous les pionniers, les devanciers de Sebag se sont essayés à plus d’un genre mais il est incontestablement le premier à avoir trouvé rapidement sa propre ligne. Sa facture est reconnaissable parmi toutes. Très tôt et dès ses premiers exercices de jeunesse, Sebag ne faisait déjà plus que du Sebag. Il était toutefois trop modeste pour s’en réclamer.
Ce livre est le résultat de plusieurs années de travail (…) ».
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