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Trois questions au poète Moëz Majed : « La poésie casse les codes »

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A l’occasion de la parution du recueil de poésie de Moëz Majed « Non loin de là » 

غير بعيد من هنا

Rassemblant des textes traduits du français vers l’arabe, nous avons rencontré le poète histoire de lui poser quelques questions.

Quel rôle joue le poète dans notre société ? A-t-il une mission ? Se doit-il d’être impliqué ?

Je pense que le poète est la conscience de son temps et que son rôle est la préservation de l’éveil au monde. En disant le monde dans un discours du cœur le poète sanctuarise la dimension humaine… Presque charnelle de la cité. 

Platon avait tort d’exclure le poète de sa « Cité idéale ».

Par contre, les gens se trompent souvent en pensant que cette posture du poète et sa place dans la cité signifient nécessairement son implication dans le débat – ou pire encore – dans l’action politique.

Etre poète est presque systématiquement antinomique avec toute action politique. Presque à chaque fois qu’un poète s’était engagé politiquement, il s’est trompé et presque instantanément cessé d’être poète. Regardez Maïakovski, Ezra Pound ou Adonis… 

Un poète peut soutenir des causes, les sublimer ou les porter dans ses textes, mais dès qu’il franchit le pas de l’engagement public, ça tourne toujours à la catastrophe.

Le manque de succès de la poésie aujourd’hui vient-il de son manque d’interactivité, composante essentielle de ce monde hyper-connecté ?

D’une certaine manière, oui…

Ce que vous appelez manque d’interactivité, moi je l’appelle une obsolescence des modes traditionnels d’accès à la poésie. 

Je m’explique : Les gens pensent souvent que la poésie ne peut se trouver que dans des recueils de poèmes ou dans les lectures de poésies fermées et sclérosées. C’est un cliché qui fait beaucoup de mal à la poésie et ce qui est malheureux c’est qu’il est souvent véhiculé par les poètes eux-mêmes. 

Or la poésie a beaucoup de succès dès qu’elle casse ses codes classiques de transmission. La plus grande révolution poétique de ces dernières années c’est la révolution Hip Hop dans le Bronx, or ça a eu un énorme succès. On trouve la poésie aujourd’hui sur Instagram dans le mouvement dit des « Instapoets » ou encore dans le Slam ou le Rap même si le niveau littéraire est souvent médiocre. Ce qui prouve justement que le tort n’est celui du fait poétique, mais celui d’un conservatisme qui s’obstine à cantonner la poésie dans des médias qui sont ceux des siècles passés.

Après cette traduction qui permet de lire vos textes en arabe, quels sont vos projets ?

J’en ai plusieurs : Je viens d’achever la traduction vers le français de la poésie du grand poète turc Ataol Behramoglu et elle paraitra en France en 2021. J’ai aussi une traduction ma poésie en Anglais faite par le poète maltais Norbert Bugeja et qui doit paraître cette année à Londres. 

De plus avec l’ouverture du Centre culturel La Caravane à Hammamet dont j’assure la direction artistique, beaucoup de beaux projets sont à venir notamment des soirées poétiques et des ateliers d’écriture.

J’ai aussi un nouveau texte à mi-chemin entre poésie et récit et que j’espère achever bientôt pour une parution cette année ou l’année prochaine.

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